Chère Pauline Marois,
Le soleil s'est levé sur un Québec moins démocratique, où il sera désormais extrêmement difficile d'agir collectivement et pacifiquement. Qui pourra spontanément, sans trembler, se joindre à un mouvement de contestation ? Qui osera exprimer où que ce soit la moindre opinion politique sans craindre qu'on y entende un appel à la manifestation illégale ? En imposant une loi spéciale, Jean Charest réduit au silence toutes les Québécoises et tous les Québécois. Pendant un an, nous ne pourrons presque plus rien contre lui, mais en tant que chef de l'opposition officielle, vous pouvez encore beaucoup.
Vous pouvez manifester et nous inviter à vous suivre. Nous ne vous demandons pas de défier la loi. Prenez toutes les précautions nécessaires. Si malgré tout on vous arrête, ce ne sera pas en tant que citoyenne, mais en tant que chef de l'opposition. Il y a des mots, qu'aucune opinion publique ne saurait ignorer, pour nommer les chefs d'états qui font arrêter leurs adversaires politiques. Si, comme c'est presque certain, on ne vous arrête pas, vous aurez au moins mis à jour l'incohérence d'un gouvernement qui veut faire peur à tout le monde, mais qui n'ose frapper que sur les plus faibles.
Vous pouvez aussi aider à rassembler un Québec de plus en plus divisé. Une élection viendra bientôt lors de laquelle le renversement du gouvernement libéral devrait être l'ultime priorité de tous les partis qui soutiennent la démocratie québécoise, qu'il s'agisse du Parti Québécois, de Québec solidaire ou d'Option nationale. En tant que chef de l'opposition officielle, vous pouvez créer les conditions propices à un dialogue entre ces trois partis que Jean Charest tentera de diviser pour mieux régner. Dans la crise actuelle, il n'y a plus d'adversaires politiques : le Québec a un ennemi et nous devons nous allier pour le vaincre.
C'est à votre tour de nous laisser parler d'amour à nouveau, librement, sans crainte et tous ensemble.
Les signataires